SYSTEM / DÉC.2024
Son fils a copié la voix de son père décédé avec l'IA pour faire un podcast.
Sir Michael Parkinson, légendaire animateur de télévision britannique, a marqué les esprits avec son style inimitable et son talent d’interviewer. Né à Barnsley, il a interviewé certaines des plus grandes figures du XXᵉ...

Sir Michael Parkinson, animateur britannique connu pour ses interviews, voulait lancer un podcast. Né à Barnsley, il a reçu certaines des grandes figures du XXᵉ siècle au fil d’une carrière longue de sept décennies. Il est décédé en 2023, à 88 ans, avant de pouvoir porter ce projet lui-même.
Son fils, Mike Parkinson, a ensuite accepté qu’une entreprise d’IA utilise la voix de son père, avec l’accord de la famille. La BBC a consacré un article au projet, dans lequel Michael Parkinson's son defends new AI podcast revient sur ce choix.
Le podcast s’appelle Virtually Parkinson. Il compte huit épisodes et fait entendre une voix synthétique de Sir Michael pour mener de nouvelles interviews. Mike Parkinson dit avoir demandé une information claire pour les auditeurs, avec la mention d’une "itération IA" plutôt qu’un enregistrement réel.
La BBC teste l’oreille des auditeurs
La BBC a testé la capacité des auditeurs à distinguer la voix IA de Sir Michael d’une voix humaine. Deux extraits audio ont été présentés. L’un venait d’un enregistrement humain. L’autre utilisait la voix générée par IA dans Virtually Parkinson.
Le résultat dérange. Une majorité d’auditeurs a échoué à identifier lequel des deux extraits correspondait à la voix humaine. Le clonage vocal gagne vite en réalisme. Dans certains cas, l’écoute seule donne trop peu d’indices.
Mike Parkinson a lui-même déclaré être "étonné" par la précision de la reproduction de la voix de son père. Il a aussi insisté sur le cadre choisi pour ce podcast. La famille a donné son accord et la production est encadrée. Le public doit savoir quand l’IA intervient.
Les outils de clonage vocal deviennent accessibles
Le cas de Sir Michael Parkinson montre ce que permettent déjà les outils de clonage vocal. Des services comme ElevenLabs rendent ces techniques plus faciles à tester qu’il y a quelques années. Des projets open source comme RVC, pour Retrieval-based Voice Conversion poussent aussi dans ce sens.
L’usage peut être sensible, parfois touchant, lorsqu’il prolonge la voix d’une personnalité disparue avec l’accord de ses proches. La même technologie peut aussi fabriquer une fausse preuve audio. Elle peut imiter une personne célèbre sans autorisation. Elle peut rendre une arnaque téléphonique beaucoup plus crédible.
Le mouvement Touche pas à ma VF milite justement pour protéger les comédiens de doublage face à l’automatisation par l’IA, avec une pétition consacrée au doublage par des humains pour des humains.
La vérification passe aussi par le contexte
Avec ces voix synthétiques, l’esprit critique doit aussi regarder le contexte. Une voix peut sembler naturelle alors que le contenu révèle sa fabrication. Si Sir Michael Parkinson évoque des événements récents survenus après son décès, l’auditeur comprend que l’interview a été produite après coup.
Ces indices peuvent devenir plus discrets. Une production mieux écrite et mieux contextualisée rendrait la détection plus difficile. La transparence repose alors sur l’étiquetage, la source et les conditions de production. L’oreille porte une partie de la vérification, mais le contexte devient indispensable.
La BBC a aussi traité ce sujet dans un autre article, Is there something special about the human voice?, consacré aux voix humaines, aux deepfakes audio et à la manière dont l’IA brouille les repères habituels.
Aujourd’hui, avec un peu d’effort et les bons outils, il est déjà possible de créer une voix très proche de l’originale. Virtually Parkinson le montre avec un cas autorisé par la famille. Le même niveau de réalisme, utilisé sans accord, pose un problème beaucoup plus lourd.
Oui, l’IA peut copier une voix au point de la rendre presque indiscernable de la vraie.